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18 avr 2008

voyageur, Orolaunum

Le rôle de la philosophie

Tous les observateurs antiques s'accordent sur la ressemblance mutuelle de la philosophie druidique et celle de l'école de Pythagore. Les anciens prétendent ici que Pythagore ait été élève des druides, là que les druides ait été ceux de Pythagore, mais personne n'a désavoué l'idée d'une concorde étonnante entre ces écoles.

On sait d'ailleurs que les Gaulois s'enthousiaient pour l'éducation classique. Dès le début de l'Empire romain, Marseille accueillait de nombreux étudiants en rhétorique, philosophie, logique, littérature etc, dont certains diplômés poursuivaient de plus hautes études à Rome ou à Athènes. Par la suite, Autun, Bordeaux et d'autres centres se sont distinguées en éducation. On compterait comme d'autorités dans ces écoles notamment Platon, Aristote, Cicéron. Les œuvres de ces pieuses et brillantes âmes ne sauraient que nous conduire vers la lumière des dieux, même s'ils n'aient jamais mis pied sur la terre de la Gaule.

Mais c'est le néoplatonisme qui serait, à mon avis, le plus révélateur pour nous. Ce mouvement hérite, et tend de faire une synthèse, de toute la philosophie antique – aristotélienne, platonique, pythagoricienne, stoïque. C'est en effet à travers le néoplatoniste Jamblique que proviennent nos meilleures connaissances du pythagorisme. Le néoplatonisme est d'ailleurs issu d'un univers romain cosmopolite où on ne saurait isoler la Gaule des autres pays de l'Empire. Dans les faits, on connait deux néoplatonistes intimément liés à la Gaule : l'empereur Julien, qui s'est couvert de gloire pendant sa carrière en Gaule, et son collaborateur Salluste, auteur du joli exposé « Des Dieux et du monde », lui-même probablement un Gaulois érudit. Les œuvres néoplatoniques, composées majoritairement dans l'Orient et en grec, ont donc un intérêt particulier pour nous qui nous intéressons aux idées gauloises.

J'ai remarqué que la mythologie peut stimuler nos âmes à s'orienter vers la providence des dieux, et ainsi à la recevoir. Ce n'est pas moins le cas pour la philosophie, qui éclaircit d'innombrables questions sur les plus hautes natures tout en posant des autres plus profondes. On peut alors s'adresser aux dieux d'un esprit d'autant plus conscient, humble et équilibré. Comment les vrais sages païens concevaient le divin – c'est là une question clé pour nous polythéistes modernes, un point de départ indispensable. Évidemment les tendances obscurcissantes du pseudomysticisme celtomane ne saurait y faire la moindre réponse.

17 avr 2008

voyageur, Orolaunum

The role of mythology

Over on the Gaulish Reconstructionist Forum, Eyðimörk asked, "What role does mythology play for you, and what mythology would that be?"

I think it was Scaevola who said that there are three ways of apprehending the gods: that of poets, that of philosophers, and that of the state. For us, we can add two more – that of Christian monks, and that of sculptors and mosaicists.

For my own part, I think I resemble Eyðimörk in making use of mythology (which includes both the way of pagan poets and the way of Christian monks) chiefly for ideas as to how given gods may be connected. Like Endovelicon, I wish that actual Gaulish or Celtiberian myths had survived (the Celtic interpretation of Ogmios/Hercules given in Lucian comes close). In the absence of this, we do have a lot of Gallo-Roman visual material, and even the occasional pre-Roman figuration.

The earliest representations of Gallic deities are in some ways the most arresting. Like Tarvos Trigaranus and Esus, or the figures around the Gundestrup cauldron, they are practically crying out for interpretation. The objects we see around the gods and the juxtaposition of deities, have obvious mythic significance ... which we just can't grasp. Certainly not for sure. In the south, Jupiter holds a wheel: what does he do with it? In the east, he rides a horse surmounting an anguipedal giant: what victory has he won, and how; and why is it worth commemorating? Nantosuelta holds a beehive or a shrine or a dollhouse: what is it, and what does it mean? In all these, and so many other instances, we long for answers that only mythology can give us, but that mythology is now lost.

For that reason, I generally prefer to focus on a slightly later period, where deities have generally been placed in various kinds of relation to the classical pantheon. This last, though of course complex and multi-layered, is at least a known quantity, which we can apprehend through Hesiod, the Homeric Hymns, pseudo-Apollodorus, Ovid and many other sources.

I love Irish mythology, and I have read the Mabinogion many times, but I doubt more and more whether they preserve much that can shed light on the Gaul of several centuries earlier. The only hypothesis from insular mythology I'm currently testing in my mind, is whether Lludd and Lleuelys preserve, with Nuada and Lugh, a memory of a special shared kingship between Mars and Mercury.

In itself, mythology certainly cannot give us a full and authentic knowledge of the gods. Rather, it seems best for stirring the soul and attuning the psyche to receive the providential gifts of the gods. And mythology is by no means the only way to do this; to my mind, philosophy, prayer, and pilgrimage are equally stimulating in this direction. And I sincerely feel that working at living a good life deserves equal mention here: I never feel closer to the gods than when brimming with love for my girlfriend, or teaching my classes well.

10 mar 2008

voyageur, Orolaunum

La régionalisation religieuse en Gaule

Les érudits d'autrefois caractérisaient les Celtes comme une grande unité essentielle qui transcendait l'espace et le temps. Le « génie celtique » savait se resurgir aussi bien à côté d'Alexandre le Grand en Anatolie que face à Strongbow en Irlande un millénaire et demi plus tard. Aussi, on confondait librement Mercure à Lug Lamfata, Jupiter à Taranis, Apollon à Mabon vab Modron. Bien des néo-païens n'ont pas seulement accepté des absurdités de ce genre, mais ont aussi travaillé à substituer de parfaites fantaisies « celtisantes » aux précieux restes de nos vrais savoirs sur les Celtes.

L'opinion scolaire n'a pas, pourtant, resté immobile ; on met l'accent souvent aujourd'hui sur la fragmentation de la religion celte. Les habitants de chaque localité adoraient, dit-on, une multiplicité incompréhensible de dieux et d'esprits dans la parfaite anarchie.

Toutes ces deux perspectives tendent malheureusement à cacher plus qu'elles n'éclaircissent. Certes, on trouve un peu partout des dieux et des noms divins locaux. Mais dans une cité donnée, le nombre de divinités n'est jamais si excessif qu'on puisse prétender que les Gaulois adorassent n'importe quoi – il s'agit plutôt de panthéons civiques que du désordre. Pour être plus précis, à côté du panthéon civique il existait une politique de laisser faire empruntée à Rome. D'ailleurs, il y a d'importants points en commun au niveau régional voire supra-régional. Dans bien des cités, les dieux régionaux et supra-régionaux l'emportent nettement – surtout si l'on compte les dieux adorés sous leurs noms latins.

Même si on se confine aux noms indigènes connus dans les inscriptions, il est possible de tracer les limites d'un nombre de régions cultiques cohérentes. D'abord les régions non celtiques :

(I) De la rive gauche de la Garonne jusqu'aux Pyrénées. Cette région est liée aux Ibères et/ou aux Basques. Leurs théonymes et modèles de syncrétisme diffèrent marquément de ceux des régions celtiques.

(II) De la rive gauche du bas Rhin jusqu'en Flandres français. Les théonymes indigènes de cette région ne sont ni celtiques, ni même germaniques, semble-t-il. Les déesses – surtout les Mères chez les Ubiens, Nehalennia chez les Bataves – sont prédominantes. Il y a pourtant une certaine présence de cultes celtiques, introduits peut-être à travers les importants liens commerciaux et militaires entre cette région, la Gaule intérieure et la Grande-Bretagne.

On passe de ces deux régions un peu périphériques au cœur des territoires celtiques. En premier lieu, les différences nord/sud sont capitales.

(III) Au sud, les Mars sont fréquemment dotés d'un surnom strictement local, les Mercure à peu près jamais. Les dieux et déesses divers, dont les noms ne s'attestent qu'une ou deux fois, sont plus fréquents que dans le nord. Le dieu celtique le plus fréquent est souvent Apollon Belenos ou Apollon Borvo/Bormanus. On rencontre souvent des Mères et d'autres déesses aux pluriel. En général, un bon nombre de dieux sont propres à la cité : Nemausus, Jupiter Pœninus, Andarta sont des exemples notables.

(IV) La région du nord se démarque par la présence d'une suite de dieux caractéristiques : Rosmerta, Epona, Sirona, les Suleviae, Erecura, Boudena. Damona et Sucellus sont important sur le plan sous-régionale. En général, ces divinités sont absentes ou rares tant dans le sud qu'en Grande-Bretagne. Les Mars indigènes sont très présents, mais leur nombre est limité tant horizontalement (seuls Loucetius, Caturix, Lenus, Cicolluis, Camulus sont attestés plus qu'une fois) que verticalement (seuls deux épithètes martiaux dans la plupart des cités) ; Mars est accompagné quelquefois d'une parèdre comme Ancamna ou Litavis. Mercure est plus important ici ; quand il porte un surnom celtique, c'est souvent Cissonius, Visucius, Cimbrianus ou Vosegus qui sont régionalement répandus. Les Mères sont moins fréquentes qu'au sud, beaucoup moins fréquentes que sur le bas-Rhin. Les dieux et déesses divers ne sont pas forcément nombreux, et quelquefois on les rencontrent dans plus d'une cité, par exemple Souconna, Ucuetis, ou Aveta. Cette région cultique, qui présente tant de points de convergence, s'étend de Gaule lyonnaise et belgique jusqu'en Germanie supérieure, voire en Rétie.

(V) L'ouest (de la Seine et le Massif central à l'Atlantique) garde une grande partie de ces secrets en vue de la paucité d'inscriptions. En général, les indicateurs d'appartenance au sud (essentiellement Belenos) et au nord (particulièrement Sucellus, Rosmerta, les Suleviae, Epona) sont absents. D'autres théonymes septentrionaux s'attestent rarement : Cisonius, Damona, Sirona, Erecura, Visucius. Mars Mullo a une certaine importance (sous-)régionale.

Dans ce résumé-ci, on n'a considéré que les théonymes indigènes. Ils suffissent cependant à démontrer que la variation cultique en Gaule romaine n'est pas sans structures. On devrait y ajouter d'autres dieux adorés sous leurs noms romains, le culte impérial, les cultes orientaux, etc, pour arriver à un portrait plus précis. Mais de toute façon, l'idée d'une anarchie animiste est aussi inacceptable que l'essentialisation ahistorique de la fantaisie celtisante.

06 mar 2008

voyageur, Orolaunum

Remarques préliminaires

Le but de ces pages sera de me permettre de rassembler, sous le regard du public, des informations et mes reflexions relatives à la religion des Gaulois surtout durant le principat. Ma perspective est nourrie d'une sincère adhésion aux dieux immortels — ou, pour être plus précis, d'une ouverture à leur providence constante.

Tous ceux qui voudraient honorer les dieux des anciens doivent leur consacrer autant des études sérieuses que l'encens ou des offrandes. Or, chez les académiques, il est de rigueur d'échanger les informations et les perspectives — pourquoi nous, les adeptes des dieux, ne devrions pas faire de même ? Jusqu'ici, l'internet manque un centre de ressources authentiques pour les adhérants des divinités de la Gaule bien que quelques sites, par exemple www.epona.net ou Bifröst, aient fourni des fondations importantes. La religion des Gaulois ayant un caractère public important, partageons publiquement le résultat de nos recherches.

Pour cette raison, tout commentaire constructif sera le très bienvenu.

Je m'intéresse surtout et avant tout aux Trévires, qui habitaient la jolie région du Luxembourg et de l'Allemagne mosellane, surtout autour de la métropole de Trèves. Une nation puissante lors de la Guerre des Gaules, les Trévires n'ont qu'augmenté leur importance sous le principat et le dominat, malgré les aléas des crises financières et invasions externes. Trèves sert brièvement de capitale à l'Empire gaulois, puis gagne sous Dioclétien et Constantin une des premières places parmi les villes de l'Empire romain. (Mille cinq cent ans plus tard, c'est de cette région que mon arrière-grand-père émigrera chercher de nouveaux horizons.)

Parmi les dieux les plus honorés chez les Trévires on doit dénombrer Mercure et Rosmerta, Lenus Mars et Ancamna, Jupiter Optimus Maximus et Junon la Reine, Apollon et Sirona, Intarabus, Diana, Epona, Ritona et autres. Leurs cultes s'étendaient dans la plupart des cas bien au-delà du territoire trévire, surtout dans le sud-ouest de l'Allemagne et le nord-est de la France. Alors j'espère que mes pensées seront utiles aux adeptes du panthéon gaulois hors le pays trévire aussi. D'ailleurs, il est faux d'imaginer que les Celtes ou les Gaulois aient été une société fermée, sans liens aux autres civilisations. En fait, nous savons qu'ils admiraient les Grecs, qu'ils ont emprunté des biens étrusques, qu'ils influaient les Germains ... et par la suite qu'ils ont adopté comme la leur l'identité romaine impériale. C'est dans le cadre de cette complexe réalité que nous devons procéder.